Sexisme #1 : Lucha de cholitas a La Paz

Bonjour les colibris !

Aujourd’hui un article pas comme les autres. J’ai pour habitude d’écrire des articles en prenant du recul afin d’y apporter des explications et arguments construits. Cette fois-ci c’est un article refletant un point de vue et je l’écris encore imprégnée de mes émotions.

 

La lucha de las cholitas

source : http://www.incaworldbolivia.com

source : http://www.taringa.net

Ce premier septembre 2019 nous avons assisté au très populaire combat de catch de Cholitas. A une exception près. Nous croyions qu’il y avait un endroit unique. Hors, voyant que cela attirait du monde il y a des répliques de l’original qui ont été créées. Je peux maintenant dire sans grand doute, que nous avons été dans la pire réplique existante. Au lieu d’assister à une lutte entre Cholitas de 2h nous avons assisté à un spectacle bien différent de celui annoncé.

La première partie est constituée d’hommes passant 2 à 2 pour mener combat. Nous savions que cela serait théâtralisé et qu’il n’y aurait pas de réels coups et c’est d’ailleurs ce que nous souhaitions. Cependant ici, cela s’apparentait à un spectacle de clown pour enfant. Un peu comme ça :

 

 

 

Le côté positif c’est que le public est constitué à moitié d’enfants. Ce qui me préoccupait beaucoup au début mais voyant cette partie du spectacle je perds toute appréhension. On commence de plus en plus sérieusement à se demander si l’on part tant le spectacle est mauvais. On décide de rester malgré tout pour voir au moins une cholita sur le ring (en espérant que le spectacle s’améliore).

Vient alors ce que j’appelerai la deuxième partie du spectacle : l’arrivée de la cholita. Au lieu de combattre contre une autre elle se bat contre un homme. Ça n’était pas ce qui était annoncé mais admettons, pourquoi pas. Cela peut finalement encore plus renforcer l’image de la femme forte et bouleverser le cliché des genres. Car oui, je m’attendais à ça : un spectacle redonnant pouvoir aux femmes qui subissent le machisme omniprésent de l’Amérique latine.

J’ouvre une parenthèse : Après le spectacle j’ai directement été voir sur internet si ce que j’ai vu était le réel spectacle. Fort heureusement pour l’humanité ça n’était pas du tout les valeurs du réel spectacle. Les valeurs originelles sont bien celles auxquelles je m’attendais. Autrement dit, redonner du pouvoir à ces femmes victimes de discrimination. Voici l’article que j’ai trouvé expliquant plus en détail : http://www.voyageurs-du-net.com/lucha-libre-cholitas-la-paz-bolivie-catch-feminin

 

La réalité du spectacle : un spectacle d’une violence sexiste insoutenable.

La cholita arrive sur le ring. Elle salue le public, se fait applaudir et essuie les sifflements d’hommes du public lui envoyant des baisers malaisants. Elle commence alors à enlever tous ces bijoux et accessoires pour pouvoir combattre plus aisément. Un homme musclé arrive à son tour sur le ring. Il faut savoir que la majorité des hommes combattant entre eux étaient tous fins. Ils ont donc choisi le plus musclé pour l’affronter. Serait-ce pour renforcer l’image forte de la cholita ? Le match commence. L’homme lui fonce dessus. Nous avons le droit à une minute de mauvais théâtre comme les matchs précédents. Seulement cette fois-ci, ça ne perdure pas. Après l’introduction passée, de la réelle violence commence à être exercée. L’homme la met à terre et lui tire les tresses. Les hommes du public commence alors a s’exclamer « ¡Mas fuerte marica! » ce qui peut se traduire par « Plus fort tapette/PD ! ». Alors le catcheur enroule les tresses autour de ses mains pour tirer plus fort. La souffrance sur le visage de cette femme n’était cette fois-ci pas jouée. Il la lâche enfin. Je respire un grand coup et prends sur moi. Il fait mine de lui mettre des coups de pieds pour qu’elle reste au sol puis monte sur les fils du ring et saute pour tomber sur elle. Il répète l’opération. Parfois il contrôle sa retombée pour ne faire que semblant de lui faire mal… parfois pas. Le public crie encore « ¡Pega la mas fuerte maricón! » soit « Frappe la plus fort pédale ! ». Alors il continue à la malmener. Il va même jusqu’à l’étrangler avec une grosse chaîne en métal. Le public continue « ¡Mas fuerte marica! ». Les enfants à côté de moi répètent les insultes de leur père en l’observant ensuite pour savoir si c’était la bonne attitude à adopter. Le père leur sourit tout fier. Ses filles continuent alors « ¡Mas fuerte marica! ». Le père va jusqu’à acclamer plusieurs fois « !Matala maricon! » soit « Tue la PD ! ». Nous nous regardons avec Victor. Nous sommes l’un comme l’autre extrêmement choqués par ce qui se déroule devant nos yeux. J’ose enfin prononcer « On est d’accord que cette fois-ci ça n’est pas du théâtre ? On voit la même chose ? Il n’y a qu’elle qui se fait vraiment frapper ?! ». La réponse est sans équivoque : « Oui on est d’accord. On part. ». Mais je veux rester. Pourquoi me direz-vous. Je veux que la situation se renverse. Mon cerveau me dit qu’il est impossible qu’il se passe réellement cela. La cholita va forcement se rebeller. Le public va forcément finir par prendre son partie. Et puis je veux rester jusqu’à la fin pour aller voir le patron. J’ai besoin de lui dire à quel point je trouve ça inadmissible. Jamais je n’ai payé pour voir ça. J’ai besoin de crier mes émotions. Je dis à Victor « Tiens bon qu’on puisse aller les voir à la fin au moins. ». Mais au même moment, un papi du public au premier rang commence à se lever pour provoquer le catcheur. L’homme jouant à l’arbitre lui saute immédiatement dessus. Il lui arrache sa chemise. C’est trop. Victor se lève, s’interpose et hurle « Ça va pas de t’en prendre à lui ?! A une personne âgée ! ». Ça y est c’est trop pour moi aussi. Je me lève, je prends Victor par le bras et je lui dis « C’est bon c’est beaucoup trop on s’en va. Calme toi, on s’en va ». Le public est enfin choqué. Mais pas par le spectacle. Par notre réaction. On s’en va. Victor se dirige directement vers le présentateur du show pour dire ce qu’il a sur le cœur « Payer 50Bo pour ça c’est une aberration ! ». Le présentateur nous demande d’aller vers la sortie pour pouvoir parler sans être sous les yeux du public. Bingo ! Je vais pouvoir lui dire ce que j’ai sur le cœur moi aussi.

Je vous traduit directement notre échange :
– Que se passe-t-il ?
– Vous frappez et humiliez une femme, vous vous en prenez a un petit papi et vous nous demandez le problème ?! Le problème c’est qu’on a certainement pas payé pour voir ça !
– Attendez le papi il fait parti de notre équipe.
– Vraiment ?
– Oui vous pouvez venir dans les coulisses voir si vous voulez.
– Non c’est bon je vous crois. Désolée pour ça alors. Mais je suis profondément choquée par la manière dont vous traitez cette femme.
– On vous a prévenu que c’était un spectacle avec de la violence.
– Attendez ne vous moquez pas de moi. A l’entrée on nous a dit « combats de cholitas » on nous a pas dit qu’il y aurait une heure de spectacle de clowns et qu’ensuite la seule personne qui allait se faire frapper en vrai c’était une femme !
– On vous a prévenu qu’il y aurait de la violence il y en a eu.
– Aucun combat entre cholitas. Juste une cholita là pour se faire frapper et humilier. Vous savez comment ça s’appelle ça ? Du sexisme.
– Madame c’est notre culture en Bolivie.
– Ah pardon ! Si c’est de la culture alors tout va bien ! Vous savez toutes les horreurs que l’on cache derrière le mot culture ? Vous croyez qu’en France on utilise pas aussi ce mot pour y masquer des atrocités ? Et bien détrompez-vous. Je me bats contre ces aberrations dans mon pays et je me battrai contre le sexisme dans tous les pays du monde.
– Madame notre spectacle est approuvé par le ministère de la culture. J’y travaille. Si vous voulez demain passez à mon bureau et je vous montre.
– Mais je vous crois que c’est agréé par le gouvernement. Ça n’est pas pour autant que ça ne m’offense pas. Je viens d’assister à une scène d’une extrême violence machiste.
– C’est notre culture.
– Bien je crois qu’il n’est plus possible d’échanger quoi que ce soit alors. Vous m’excuserez mais je m’en vais. C’est à cause de personnes comme vous que des femmes meurent tous les jours sous les coups.
– Mais je défends les droits des femmes madame.
– Ah pardon ça ne m’avait pas sauté aux yeux. Au revoir

 

Pourquoi je vous raconte ça ?

Vous vous demandez peut être pourquoi je vous raconte cette atroce histoire. En voici les raisons :

Premièrement, faire de la contre publicité à ce lieu. Afin que plus jamais des personnes luttant pour l’égalité des genres se retrouvent à livrer de l’argent à ces personnes.

Deuxièmement, communiquer sur la réalité de la société sexiste dans laquelle on vit. Croyez-moi que cette scène à plus que jamais renforcé ma volonté de lutter pour un monde meilleur.

Enfin, cet article répond à un objectif personnel :

J’ai malheureusement du, comme de nombreuses femmes, subir énormément de sexisme.

Suite à un événement traumatique durant mon enfance je me retrouve dans l’écrasante majorité des cas en état de sidération face à un homme voulant s’imposer (lors de harcèlement de rue typiquement). J’ai donc pour objectif de réussir à sortir de ce cercle vicieux en parlant ! A force de temps et de documentation sur le sujet j’arrive à conscientiser quand je pars en état de sidération ce qui me permet tout un travail psychologique. Par exemple quand un homme dans la rue me provoque je me répète dans ma tête « vas-y réponds ». Et à force d’exercice pour la première fois il y a un mois alors que j’étais en total panique j’ai réussi à répondre ! Incroyable expérience. Je suis passée d’état de sidération à un état de « semi-paralysie » (Terme entre guillemets car pas du tout médical. C’est le mot que j’appose moi-même.).

Durant ce spectacle tout le long je me disais « Crie à la cholita de se défendre. Encourage la. » Mais j’étais figée, je tremblais et rien ne pouvait sortir de ma bouche. Mais je sentais qu’une fois la scène finie j’arriverai à parler. Pas forcément à dire tout ce que je pense mais au moins à exprimer mes émotions. Comme vous avez pu lire c’est plus que réussi. Non seulement je me suis exprimée mais en plus de ça j’ai dit tout ce que j’avais à dire. Et le tout dans une langue étrangère qui plus est ! 

Si vous ne connaissez pas le phénomène de sidération psychique, ces vidéos sont faites pour vous :

En résumé 

Témoignage + explications par une professionnelle

 

J’espère que cet article pourra encourager d’autres femmes à lever la voix, voir même d’autres hommes. Peut être aussi à découvrir le phénomène de sidération ? Malheureusement encore trop peu connu et trop peu considéré, surtout au sein de la justice.

Bonne journée les colibris !

Et surtout n’oubliez pas « Ne nous taisons pas, agissons ! »

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